Catégories
Actualité

Lettre ouverte : le simulacre du lycée PEJS à Paris

Nous, parents d’enfants sourds, écrivons aujourd’hui pour exprimer notre colère. Une colère légitime sur la situation de nos lycéens.

Nous, parents d’enfants sourds, écrivons aujourd’hui pour exprimer notre colère. Une colère légitime, une colère trop longtemps silencée, et qui ne le restera plus.
Nos enfants ont effectué tout leur parcours scolaire en PEJS bilingue (langue des signes française (LSF)/ français écrit). Maternelle, élémentaire, collège : nous nous sommes battus, année après année, pour que chaque classe existe. Nous avons dû faire grève lorsque nos enfants se sont retrouvés sans professeur, puis sans professeur signant.
Nous avons obtenu, non sans combat, un enseignement de qualité dans leur langue. Et voilà qu’aujourd’hui, au lycée, tout s’effondre.

Nos enfants sont aujourd’hui en seconde. Ils se retrouvent en inclusion individuelle ou collective, dans des conditions précaires, dans des filières qu’ils n’ont pas choisies. Ce qu’on leur propose n’est pas une scolarité : c’est un ersatz, un simulacre !

  • Des orientations imposées, des solutions bricolées au cas par cas, au lieu d’un parcours garanti.
  • Quelques heures de cours seulement sont traduites en LSF par des interfaces de communication (des AESH) qui n’ont pas eu de formation équivalente à un interprète qualifié.
  • Des interactions quasi nulles avec les autres élèves. Comment se faire des amis quand on ne partage pas la même langue avec les autres ?
  • Pour certains, le décrochage scolaire n’est plus une menace mais une réalité.

Nous avons commencé à réclamer la création d’une filière PEJS lycée dès l’entrée de nos enfants en sixième. On nous a répondu qu’il y avait le temps. Nos enfants sont en seconde : il n’y a toujours aucune filière PEJS. Nous en avons assez.

La loi est pourtant sans ambiguïté. La circulaire n° 2017-011 du 3 février 2017, dans son rappel du dispositif PEJS, précise :

« Le pôle d’enseignement pour les jeunes sourds (PEJS) est un dispositif qui permet de regrouper dans un secteur géographique donné les ressources nécessaires à l’accompagnement des élèves. Il assure un regroupement d’élèves afin que l’enfant sourd ne se sente pas isolé. Il est constitué d’un ensemble articulé d’établissements scolaires des premier et second degrés, incluant nécessairement un lycée d’enseignement général et un lycée professionnel, au sein desquels des dispositions sont prises afin que le parcours scolaire de l’élève soit assuré dans la langue qu’il a choisie. Chaque académie propose un PEJS depuis la maternelle jusqu’au lycée. »

La continuité du PEJS est donc une obligation légale : une classe ouverte en maternelle doit se poursuivre jusqu’au baccalauréat. Ce n’est pas une option, ce n’est pas une recommandation : c’est la loi.
Elle n’est pas appliquée. Nos enfants en sont la preuve vivante !
Partout en France, les lycéens et les étudiants se font entendre. Il est temps que nous, parents d’élèves sourds, fassions entendre notre voix aussi.
Nous sommes en 2026 : vingt et un ans après la loi du 11 février 2005 sur l’égalité des chances, des droits, la participation et la citoyenneté des personnes handicapées.
Nos enfants ne sont pas à égalité avec les autres élèves : ils n’ont pas la chance d’être instruits dans leur langue au lycée, ils n’ont pas la possibilité de rencontrer d’autres jeunes de leur âge (condition pourtant élémentaire de tout développement social et de toute construction identitaire).
Nos enfants vont mal et sont bafoués dans leurs droits.

Aujourd’hui, nous ne demandons plus, nous ne négocions plus des « aménagements ».
Aujourd’hui, nous réclamons purement et simplement ce à quoi la loi nous donne droit :

  1. L’ouverture immédiate d’une filière PEJS au lycée – lycée d’enseignement général et lycée professionnel – conformément à la circulaire n° 2017-011, afin d’assurer la continuité du parcours bilingue LSF.
  2. Un enseignement proposé directement en LSF pour toutes les heures de cours nécessaires (à défaut et pour un minimum de matières, il pourra être acceptable d’avoir recours à des interprètes diplômés en LSF, et non de simples interfaces de communication).
  3. La fin des orientations subies : nos enfants choisissent leur filière comme tout élève de seconde, dans les mêmes conditions d’information et de conseil.
  4. Un engagement écrit et daté des autorités académiques sur un calendrier de mise en œuvre.

Nous avons trop longtemps entendu qu’il y avait le temps. Le temps, c’est la scolarité de nos enfants, et il s’écoule. Aucune solution bricolée au cas par cas ne remplacera ce que la loi exige.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *